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    #VG20 – Jour 41 – Dans un couloir étroit dans le Pacifique

    En plein milieu du Pacifique par 56° sud, le soleil brille et réchauffe la coque noire du Maître CoQ à l’intérieur duquel il fait bon, dixit Yannick ce matin. « Hier soir j’ai assisté à un spectacle exceptionnel offert par Dame Nature. Dans mon Ouest, la lumière du ciel était orange du coucher du soleil, au milieu, c’était le bleu nuit et, dans mon Est, la lumière rose du lever du soleil… Sublime, je n’avais jamais vu ça encore… » se délectait ce matin le skipper Maître CoQ dans un message à son équipe.

    Petit moment de poésie vite interrompu par les manœuvres incessantes que doit effectuer Yannick afin de s’adapter au vent très capricieux et versatile : « Quand tu veux aller à l’Est et que le vent vient de l’Ouest, tu n’as pas le choix que celui de manœuvrer, beaucoup. Deux empannages coup sur coup… donc double ration de matossage. Actuellement, le vent est bien revenu à plus de 20 noeuds, je suis sous grand-voile haute, J3 et gennaker.  Charlie (Dalin – Apivia)  est revenu, mais cela ne me stresse pas plus que ça. On n’est pas sortie de la molle, et ce n’est pas simple de savoir quoi faire. Ça va faire l’élastique, mais dans quel sens ? Je ne sais pas si je vais être rattrapé ou si je vais pouvoir filer. Mais il va y avoir beaucoup de manœuvres, des empannages dans ces vents qui oscillent entre 200° et 300°. Il va falloir faire être fin stratège ! »

     

    Le groupe leader, mené par Yannick, évolue dans un couloir très serré avec au Nord des bulles bleues sans vent et au Sud la zone d’exclusion des glaces dans laquelle il est formellement interdit de naviguer – un peu contraint dans leur avancée donc – alors que le groupe de chausseurs effectue une route plus directe donc revient inexorablement sur le trio de tête. Les dix premiers au classement se tiennent à midi en moins de 530 milles… Incroyable à ce stade de la course ! La promesse d’une bagarre de tous les diables jusqu’au bout…

     

    D’autant que les projections à huit jours indiquent qu’une dépression plus au Nord engendre des vents d’Ouest, c’est-à-dire des vents de face pour Maître CoQ. « On risque d’évoluer au près, pas vraiment une situation normale ! Il faut voir. Ça peut évoluer en huit jours. En tous cas, on se traine et à ce tarif-là, on ne passera pas le cap Horn avant début janvier ! »

     

    En attendant, Yannick met à profit ces heures un peu plus calmes et douces et se requinque : « Je déjeune en terrasse, sous grand gennaker ! J’ai pu nettoyer le bateau et, pour le sommeil, c’est top : on dort beaucoup mieux dans ces conditions. C’est important de récupérer après cet Indien qui a été dur. Nos bateaux sont violents, ultra-violents, même pour ceux qui ont des dérives droites. Tu es tout le temps contracté, et ça fait du bien de se relâcher un peu. J’ai eu super mal au dos, parce que j’ai bien pris une gamelle par jour dans l’Indien. C’était super violent pour les vertèbres, et j’ai eu des soucis de sciatique pendant un petit moment. Ça va mieux, j’ai récupéré depuis qu’on peut dormir relâché. »