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    Ludo BOSSER – Préparateur technique en charge du composite



    Le visage illuminé par un sourire dont il se défait rarement, Ludo Bosser, grand passionné des sports mécaniques, est un fin connaisseur du composite qu’il pratique depuis plus de 25 ans.

    

Ludo, comment un as du karting se retrouve t’-il à construire des bateaux de course au large ?
    Mon père m’a transmis sa passion du karting dès mon plus jeune âge. J’ai pu ainsi pratiquer et entrer dans la compétition très tôt. C’est un milieu où le composite est omni présent ; aussi, j’ai suivi une formation dans ce domaine. 
A côté, de cette vie sur l’asphalte, originaire de Douarnenez, ma vie était très tournée vers la mer : j’avais un grand-père qui était marin pêcheur et je pratiquais aussi le surf.
Pendant un temps, j’ai été tiraillé … Mais vivre dans le milieu de la Formule 1 aurait nécessité que je m’éloigne de l’océan. J’ai vite décelé que ça ne m’aurait pas plu. 
Habitant en Bretagne, qu’est-ce qui pouvait nécessiter du composite ? La réponse est vite venue : la course au large. Cette dernière était en pleine essor. A deux pas de chez moi, il y avait le chantier CDK dans lequel le Maître CoQ V est actuellement construit, j’ai donc intégré le chantier en 1997… et depuis je n’ai jamais quitté le milieu.

    Une grande expérience donc que tu mets au service de coureurs mais aussi de tes propres productions ?
    Oui. Depuis 1997, j’ai cheminé, travaillé pour des chantiers, pour des coureurs et j’ai fini par créer ma structure en 2019. 
Mon métier est de mettre en œuvre du carbone, de la résine époxy etc… Je me dis qu’à un moment, il faut peut-être essayer d’évoluer et faire les choses différemment, d’où ma société All Fiber.  J’y réalise mes propres productions : surf, paddle, kite et travaille avec des matériaux bio-sourcés comme la fibre de lin et des résines bio—sourcées, dans lesquelles le pourcentage de carbone est issu pour moitié de la bio masse au lieu du pétrole.

    Maître CoQ V a-t-il des composantes bio-sourcées ?

    La jauge nous permet de mettre 100 kilos de matériaux bio-sourcés dans le bateau, 100 kilos qui ne rentrent pas dans le poids officiel. Mais qu’est-ce que 100 kg au regard des quelques tonnes du monocoque ? Avec Yannick, nous sommes raccords sur ce point. Mieux vaut pour nous travailler sur du carbone recyclé et des résines recyclables. 
La construction pourrait paraître polluante mais les bateaux restent exploitables et performants dans le temps pendant des années. Sur le Vendée Globe, on peut retrouver des unités qui ont plus de 20 ans. Quel autre sport mécanique permet une durée aussi longue ?

    

Sur la construction de Maître CoQ V, quel a été ton job depuis juin 2021 ?

    Il y a plusieurs facettes. Celle de suivi de chantier et celle de responsable de la partie composite. 
Pour la premier aspect, en liaison avec Stan (ndlr : Delbarre le boat Captain) et Yannick, je dois  vérifier que le cahier des charges des architectes, les souhaits de Yannick soient bien mis en œuvre par le chantier CDK. C’est un rôle de coordination. Dans un chantier, il faut constater, remonter l’info, discuter et trouver de solutions s’il y a des problèmes. Il faut être présent au quotidien.

Pour le second aspect, il s’agit de fabriquer des pièces dont on s’est gardé la charge. Notamment celles situées, autour du puit de foil, où le système est complexe. En effet, le foil bouge en trois dimensions désormais : on règle sa hauteur dans l’eau, son rake (ndlr : son angle d’attaque dans l’eau) et son yaw ( ndlr : une opération à effectuer en amont d’une navigation qui permet de régler l’angle d’incidence). Autant vous dire que les mécanismes sont pointus ! Il s’agit de pièces en carbone que l’on a usinées nous-mêmes. Même process d’ailleurs pour le système de barre, qui est, lui, moins compliqué.

    Un nouveau bateau pour un objectif : le Vendée Globe 2024, tu la connais bien cette course ?

    Ce sera mon quatrième départ aux côtés d’une équipe, mon deuxième avec le team voile Maître CoQ. A mes yeux, un tour du monde à la voile, en solitaire, c’est la course la plus difficile que l’on puisse inventer. Et au niveau préparation, elle est très exigeante.  C’est un beau challenge : il faut qu’on ait pensé à tout à l’échelle d’un tour du monde. On pense et respire Vendée Globe depuis juin 2021 et le début de la construction, il nous reste un peu plus de 800 jours pour dompter et fiabiliser le Maître CoQ V. Ca va être intense mais passionnant.