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    #VG20 – Jour 39 – Yannick Bestaven, en tête du Vendée Globe : « C’est une belle histoire »

    Alors qu’il vient tout juste d’entrer dans l’océan Pacifique, Yannick Bestaven occupe la première place de la neuvième édition du Vendée Globe. Une performance remarquable pour le skipper de Maître CoQ qui a appris mercredi que le jury international de la course lui avait attribué 10 heures et 15 minutes de bonification pour sa participation au sauvetage de Kevin Escoffier. Joint ce jeudi matin, le Rochelais s’est confié.

    Tu es premier au moment d’entrer dans le Pacifique, comment vis-tu ce qui t’arrive ?
    C’est un beau conte de fées, une belle histoire. C’est sûr que je n’en reviens pas moi-même. Je suis super content de cette position, c’est au-delà des espoirs que j’avais fondés en partant des Sables d’Olonne. Je voulais faire les mers du Sud dans le Top 5, je me retrouve en tête. Après, ça ne veut pas dire grand-chose car la route est longue, mais c’est mieux d’être là que derrière. Je sais aussi que derrière moi, il y a deux bateaux rapides qui ont été un peu amoindris ces dernières heures (LinkedOut de Thomas Ruyant et Apivia de Charlie Dalin), il y a des chances que l’on se revoie.

    Peux-tu nous raconter comment tu t’y es pris dans la seconde partie de l’océan Indien pour revenir au contact ?
    La mer a été mieux rangée, ce qui m’a permis d’attaquer, me séparer du groupe avec lequel j’étais et rejoindre les deux bateaux de tête. J’ai pu cravacher car les conditions s’y prêtaient et mon bateau était en parfait état pour le faire. Cette deuxième partie a été un peu mieux, pas forcément plus agréable car aux vitesses élevées, le bateau n’est jamais très confortable, mais c’était bien.

    Ça veut dire quoi cravacher à bord de Maître CoQ IV ?
    Comme j’avais un souci sur mon J2 (voile d’avant intermédiaire) qui m’a beaucoup manqué, j’avais le choix entre mettre une voile plus petite, mais je n’avançais pas, ou plus grande, un petit gennaker, c’est ce que j’ai fait. Par moments, c’était un peu limite, mais j’ai réussi à tenir avec et il m’a amené loin, puisque je suis parvenu à rattraper les premiers qui avaient aussi un peu moins de vent et des soucis techniques. Il y a eu plusieurs causes qui expliquent que j’ai pu revenir.

    Tu as dû monter dans le mât pour réparer ce J2, il le fallait?
    Oui, c’est une voile que l’on ne peut pas faire tomber sur le pont car ça risque d’abîmer le bateau, donc le seul moyen de le réparer était de grimper au mât pour aller coller un patch sur la chute, qui était découpée. Ça me prenait la tête, parce que ce n’est vraiment pas quelque chose que j’aime faire, mais je ne voulais pas laisser ce dossier en suspens. Donc mardi, quand il y a eu une météo un peu plus cool, je me suis dit que c’était le moment d’y aller, c’était sportif, mais c’était un grand plaisir d’avoir réussi à régler ce dossier.

    Le fait d’être passé de chasseur à chassé change-t-il quelque chose pour toi ?
    Je ne me soucie pas de ça, ça ne va rien changer. Ça fait forcément plaisir d’être en tête, mais point à la ligne. Comme je te l’ai dit, le chemin est encore très long, donc je vais essayer de continuer à naviguer du mieux possible, comme je l’ai fait depuis le début, et on verra ce que ça donnera à la fin.

    A la fin, il y aura 10 heures et 15 minutes qui seront retirées de ton temps de course, suite à l’annonce du jury mercredi, qu’est-ce que cela t’inspire ?
    Ça me paraît logique. On avait perdu du temps sur cette opération de sauvetage, j’avais dû me dérouter en montant plein nord pour aider pour les secours, on avait passé la nuit à chercher Kevin, donc je trouve ça normal. Après, ces 10 heures et 15 minutes ne seront retirées de mon temps de course que si je passe la ligne d’arrivée, donc pour l’instant, je n’y pense pas, je ne me prends pas la tête avec ça. On ne fera des calculs que si je coupe la ligne aux Sables.

    Tu sors d’une journée à plus de 19 nœuds de moyenne, quelles conditions as-tu ?
    J’ai eu des bonnes conditions pour aller vite, mais très fraîches. Là, la température de l’eau est remontée un peu, à 6°C, mais hier, elle était à 3°C. C’était dur, il faisait gris, froid, j’avais les pieds dans des bottes gelées, mais c’est vrai que j’ai bien avancé. Là, le vent commence à mollir, ça devient un souci car j’ai l’impression que ça va tamponner, c’est pour ça que je pense que les bateaux de derrière vont revenir. Du coup, ce matin, j’ai manœuvré, j’ai envoyé des voiles plus grandes pour contenir les assauts de mes poursuivants, j’essaie de trouver la bonne voile pour continuer à avancer.

    Comment vois-tu les prochains jours ?
    Ça va être compliqué, car on a beaucoup de « molle » à venir pour le week-end. J’ose espérer que je ne vais pas me faire rattraper par le groupe que j’ai quitté la semaine dernière, celui de Jean (Le Cam, Yes We Cam !), Damien (Seguin, Groupe Apicil), Boris (Herrmann, Seaxplorer-Yacht Club de Monaco), Louis (Burton, Bureau Vallée) et Benjamin (Dutreux, Omia-Water Family). Ces conditions météo sont un peu bizarres, mais il faut s’adapter.

    Tu as désormais dépassé la mi-course, comment te sens-tu physiquement et mentalement après presque 40 jours de mer ?
    Physiquement, ça va, j’ai réussi à envoyer une grosse manœuvre ce matin. Maintenant, je rouille un peu du dos, c’est compliqué de ne pas bouger dans le bateau et l’humidité n’est pas agréable. Je t’avoue que je rêve de remonter dans des latitudes plus tempérées, mais ce n’est pas pour demain. Et moralement, ça va aussi, je déroule ma course. Je fais mon petit bout de chemin, les jours se suivent sans trop se ressembler.

    As-tu déjà calculé le temps que tu vas passer dans le Pacifique jusqu’au Cap Horn ?
    J’ai regardé, oui, ça fait peur, parce que je pense qu’on ne passera pas le Cap Horn avant le Réveillon, c’est encore loin ! Je crois qu’Armel (Le Cléac’h, vainqueur de l’édition 2016) l’avait franchi le 23 décembre…

    Tu vas prochainement passer sous la Nouvelle-Zélande, ça te fait penser à quoi ?
    La Coupe de l’America et les All Blacks !