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  • Race Photo Production Vendee Globe 2020

    Yannick et Maître CoQ, vainqueurs de la neuvième édition du Vendée Globe !

    Arrivé aux Sables d’Olonne jeudi à 4h19’46, Yannick Bestaven, dont le temps de course final, une fois retranchées les 10 heures et 15 minutes de compensation pour sa participation au sauvetage de Kevin Escoffier, est de 80 jours 3 heures 44 minutes et 46 secondes (12,6 nœuds de vitesse moyenne théorique, 14,8 nœuds de vitesse moyenne réelle), est le grand vainqueur de la neuvième édition du Vendée Globe. Un exploit retentissant pour le skipper de Maître CoQ, âgé de 48 ans, qui, pour sa deuxième participation (la première en 2008), aura mené la course pendant 26 jours.

    Comment te sens-tu quelques minutes après avoir franchi la ligne et ainsi remporté ce neuvième Vendée Globe ?
    Je suis un peu perdu, c’était l’euphorie sur la ligne, il y avait du vent, le bateau était lancé pleine balle avec tous les semi-rigides de Maître CoQ derrière moi, ces images resteront inoubliables. Je ne comprends pas encore trop ce qui m’arrive…

    Peux-tu nous raconter tes derniers jours de course, avec cette option Nord qui s’est avérée payante ?
    Cette option Nord, je l’avais envisagée dès le passage des Açores, j’étais cinquième, pas mal de routages m’amenaient dans le Nord et je n’avais aucun intérêt à suivre le groupe. Et vu les voiles que j’avais, c’était mieux pour moi d’aller naviguer dans du vent fort, je suis donc allé chercher deux fronts successifs, ça a payé, parce que ça m’a permis de revenir fort, surtout ces deux derniers jours, sur Charlie (Dalin, Apvia) ; mine de rien, j’ai bien comblé mon retard, j’ai tenu de très bonnes moyennes sur 24 heures. Il y avait forcément de la tension à l’approche de la ligne, mais je suis content de cette dernière option.


    A quel moment as-tu réalisé que tu avais gagné ?
    Jamais, je préférais ne pas y penser tant que la ligne n’était pas franchie. Regarde ce qui arrive à Boris (Herrmann, collision entre Seaxplorer-Yacht Club de Monaco et un bateau de pêche) et à Thomas (Ruyant, LinkedOut), qui a cassé son bout-dehors… Donc je n’ai compris qu’une fois la ligne coupée, et encore, je ne sais même pas si j’ai encore compris.

    Au départ le 8 novembre, tu confiais qu’une place dans les cinq premiers serait un très bon résultat, cette victoire est au-delà de tous tes espoirs ?
    Oui, bien sûr, je découvrais vraiment le Vendée Globe sur cette édition, c’est une course à part, il y avait beaucoup de favoris avec de belles machines, mais ce n’est pas que ça : le Vendée Globe, c’est un marathon. Je me suis aperçu qu’il fallait avoir un bateau fiable, prendre les bonnes options et être bien dans ses bottes. Plus ça allait, plus je me suis habitué à être aux avant-postes, mais c’est vrai que c’est quand même une surprise. Je ne pensais pas revenir, après ce qui m’est arrivé dans la remontée au Brésil quand j’ai perdu mes 450 milles d’avance…

    T’es-tu surpris ? As-tu découvert des choses sur toi-même pendant ce Vendée Globe ?
    Oui, j’ai découvert qu’on pouvait aller chercher loin au fond de soi pour résoudre les problèmes qu’on rencontre pendant 80 jours, pour surmonter les difficultés. Je suis allé puiser dans des ressources très profondes que je ne connaissais pas. J’avais imaginé à quel point cette course pouvait être dure, j’avais accompagné pas mal de skippers avant, mais pas à ce point. Je suis super content, c’est aussi une belle revanche pour moi par rapport à il y a douze ans quand je suis rentré au port 24 heures après le départ à cause d’un démâtage. J’ai attendu douze ans pour retourner sur cette course, ça valait le coup d’attendre !


    A qui as-tu envie de dédier cette victoire ?
    A toute mon équipe qui a travaillé avec moi pendant ces quatre ans, à tous les collaborateurs de Maître CoQ et aux éleveurs qui sont derrière le projet à fond. Mon partenaire a été à bloc, j’ai reçu des messages de soutien tous les jours, ils m’ont aidé dans ce défi. Je dédie aussi à tous les gens qui ont été derrière moi, ma famille, ma compagne, mes enfants, tous ceux qui m’ont aidé dans les jours difficiles, parce que monter un projet de Vendée Globe, ça n’a pas été que simple. Il y a ce qu’on voit maintenant, mais aussi ce qu’il y a eu avant.

    As-tu pris du plaisir pendant ce Vendée Globe ?
    Oui, d’ailleurs, on ne se rappelle que de ces moments-là. Une fois la ligne franchie, j’ai vite oublié les moments difficiles pour me rappeler surtout des moments de symbiose avec mon bateau et avec les éléments inoubliables, des aurores australes, des couleurs de ciel, de nuit et d’étoiles dans les mers du Sud que je n’ai jamais vues ailleurs, et, même si ça a été plutôt rare, des longs trains de houle, j’ai trouvé ça top.

    Quels ont été les moments les plus difficiles ?
    Il y en a eu trois : d’abord la recherche de Kevin (Escoffier), cet épisode m’a bien touché, j’ai vraiment passé une nuit en enfer, j’ai mis du temps à me remettre de mes émotions. Plus les heures passaient, plus je pensais, dans son radeau de survie avec six mètres de creux et des conditions dantesques, qu’on n’allait pas le retrouver. Ensuite, il y a eu la tempête que j’ai eue juste avant le Cap Horn qui a vraiment été dure et a d’ailleurs laissé des traces sur le bateau, je n’avais jamais eu du vent si fort et une mer aussi grosse. Le bateau enfournait sans arrêt, je ne savais pas comment j’allais sortir des vagues. Le plus dur moralement a été l’arrêt-buffet devant le Cabo Frio qui m’avait déjà coûté cher sur la Transat Jacques Vabre, je n’avais plus de vent et je ne pouvais pas contrôler les autres, je suis arrivé au mauvais moment. Et là, ça a été dur de perdre toute mon avance et de voir les autres passer, dans la tête, c’était très difficile de se reforger une motivation pour remonter. Je me suis alors dit qu’il ne fallait pas se tromper d’objectif, mon objectif prioritaire était de terminer le Vendée Globe et d’essayer de finir dans les cinq. Donc je me suis dit : « Tu as rêvé de finir premier, tu y as cru, tu ne le seras pas, mais tu es encore dans les cinq. »

    Et finalement, le rêve s’est réalisé…
    Oui, c’est magnifique, j’ai du mal à réaliser !

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    La réaction de Christophe Guyony, directeur général de Maître CoQ : « Cela fait un mois et demi que je me dis : « Il ne manquerait plus que Yannick gagne le Vendée Globe »… Il l’a fait, c’est une réussite extraordinaire pour lui et pour Maître CoQ. Pour la première fois, on aura vu le bateau aux couleurs de la marque en tête de cette course mythique, cela a duré 26 jours, et cela se termine en apothéose avec cette victoire qui est une énorme cerise sur le gâteau, au point qu’on ne voit plus le gâteau ! Yannick savait que pour avoir une chance de terminer sur le podium, il fallait d’abord terminer, il a su être prudent quand il le fallait, mais aussi attaquer quand les conditions étaient propices, il a réussi à trouver la bonne balance en faisant preuve d’humilité, une valeur qui m’avait conduit à le choisir pour porter ce projet car elle colle parfaitement à l’entreprise Maître CoQ. Les 48 dernières heures ont en cela été exemplaires : Yannick savait qu’il fallait chercher une météo adaptée à l’état de son bateau, dans la mesure où lui manquait deux voiles d’avant, il est parti au Nord, cette option a été payante, bravo à lui ! Cette victoire est donc la sienne, il la doit à la force de rebond dont il a fait preuve depuis son premier Vendée Globe en 2008 et tout au long de cette course. C’est aussi la victoire de toute son équipe et une grande fierté, en particulier d’avoir fait participer tous les salariés à ce projet qui aura créé un gros engouement au sein de tout le groupe LDC. »

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    RETOUR SUR LE TOUR DU MONDE VICTORIEUX DE YANNICK

    Une mise en route dans le bon paquet
    Après deux semaines d’attente, confiné entre son domicile de La Rochelle et Les Sables d’Olonne, Yannick Bestaven peut enfin lâcher les chevaux le dimanche 8 novembre, en même temps que ses 32 concurrents survolés par la Patrouille de France. La première semaine est compliquée pour la flotte avec un gros front que le skipper de Maître CoQ choisit d’éviter en passant à l’intérieur du DST du Cap Finisterre. Ce qui ne l’empêche pas de se faire secouer, en témoigne sa chute à l’avant du bateau qui occasionne douleurs au genou gauche et contusions aux côtes. Après le passage de la tempête tropicale Thêta et un Pot-au-noir bien négocié, Yannick franchit l’équateur le 19 novembre à 9h21, en neuvième position après 10 jours 19 heures et 1 minute de mer. « Mon objectif était d’être dans les dix, je le suis, donc c’est une belle satisfaction », confie-t-il, les yeux déjà rivés sur le positionnement de l’anticyclone de Sainte-Hélène.

    Grosse frayeur dès l’entrée du Grand Sud
    Après avoir beaucoup manœuvré pour « essayer de trouver un petit chemin buissonnier » dans un anticyclone très étalé sur l’Atlantique Sud, Yannick Bestaven est, comme ses concurrents, refroidi d’entrée de Grand Sud lorsque la direction de course le prévient que Kevin Escoffier est en détresse et lui demande de participer aux recherches du skipper de PRB. Dans la nuit, le Rochelais balaie la zone qui lui a été indiquée pendant plusieurs heures avant d’apprendre avec un énorme soulagement que Jean Le Cam a pu récupérer le naufragé. Il lui faudra du temps pour se remettre de cet épisode, d’autant qu’il déplore un problème de safran : « On a vécu une grosse frayeur, avoir un copain en mer sur son radeau, ce n’est pas anodin. Cette nuit passée à le chercher a été très difficile, forcément, tu zappes la course. Quand il faut la reprendre, ça demande un temps d’adaptation. » Le lendemain, le 2 décembre, Maître CoQ, huitième, franchit la longitude du Cap de Bonne-Espérance à 9h44, après 23 jours 19 heures et 24 minutes, à 1 jour 9 heures et 33 minutes du leader, Charlie Dalin (Apivia).

    Un Indien express
    Remis de ses émotions, Yannick attaque bille en tête un océan Indien cabossé qui lui fait mener « une vie de sanglier », calé dans le siège ou la bannette de Maître CoQ : « Le bateau se dandine et saute partout, le corps est projeté d’avant en arrière, de droite à gauche, de haut en bas, musculairement, pour tenir le coup, tu as intérêt à faire du gainage ! C’est hyper dangereux de se déplacer à l’intérieur, même en te tenant, tu passes ton temps à tomber, à te rattraper de justesse, à manquer d’être projeté la tête la première dans la table à cartes ou le tableau électrique, c’est sport ! Mais ça va, on avance ! ». Et vite, puisque Yannick cravache pour remonter la flotte et passer le 13 décembre à 15h46 la longitude du Cap Leeuwin à la troisième place, après 35 jours 1 heure et 26 minutes et seulement 3 heures et 20 minutes derrière le premier, Charlie Dalin. Maître CoQ a été le plus rapide sur le tronçon Bonne-Espérance-Leeuwin.

    En tête dans le Pacifique
    Trois jours après avoir franchi le Cap Leeuwin, Yannick Bestaven s’empare le 16 décembre des commandes de la course, qu’il occupera pendant 26 jours. « C’est un beau conte de fées, c’est sûr que je n’en reviens pas moi-même, c’est au-delà des espoirs que j’avais fondés en partant des Sables d’Olonne. Je voulais traverser les mers du Sud dans le Top 5, je me retrouve en tête », confie-t-il alors, après avoir appris que le jury international du Vendée Globe venait de décider de lui retirer 10 heures et 15 minutes de son temps de course pour sa participation au sauvetage de Kevin Escoffier. « Je trouve ça normal, j’avais dû me dérouter en montant plein Nord, puis on avait passé la nuit à chercher Kevin. Après, on ne fera des calculs que si je coupe la ligne d’arrivée aux Sables. » Il ne croyait pas si bien dire… Le 2 décembre à 14h42, un immense cri de soulagement retentit à bord de Maître CoQ qui, toujours en tête, franchit la longitude du Cap Horn après 55 jours et 22 minutes de mer et une ultime dépression australe avec 60 nœuds de vent. « C’était une délivrance énorme et un rêve de marin pour moi de franchir ce fameux Cap Horn, c’est marqué dans les livres maintenant ! », expliquera-t-il quelques heures plus tard.

    Le cauchemar brésilien
    Parvenu à bien négocier un premier anticyclone dans la remontée de l’Atlantique Sud, au point qu’il possède le 7 janvier 440 milles d’avance sur le duo Charlie Dalin-Thomas Ruyant (LinkedOut), Yannick Bestaven vit ensuite les heures les plus difficiles de son Vendée Globe, ralenti au près dans du petit temps le long des côtes du Brésil. D’autant que – il le révèlera plus tard -, Maître CoQ est handicapé, victime juste avant le Cap Horn d’une succession de pépins techniques dans la dépression évoquée ci-dessus : balcon avant cassé, galette d’emmagasineur tordue et deux voiles d’avant inutilisables, le « FRO » (voile polyvalente) et le J2. Résultat : le 11 janvier, pour la première fois depuis le 16 décembre, Yannick cède les commandes de la course. « Je suis arrivé dans le mauvais timing dans la pétole, ce qui ne m’a jamais permis de me recaler à l’Est devant les autres », constate-t-il, le moral en berne. Mais le côté combattant du Rochelais reprend le dessus en même temps que son Maître CoQ reprend de la vitesse, et au moment de rebasculer dans l’hémisphère Nord, le 17 janvier à 3h36, en cinquième position, après 69 jours 13 heures et 16 minutes de mer, il ne compte que 7 heures et 24 minutes de retard sur le leader, Louis Burton (Bureau Vallée).

    La lutte finale
    Au fur et à mesure que la tête de flotte se rapproche des Sables d’Olonne, et compte tenu du temps de compensation dont bénéficient Yannick (10 heures 15 minutes) et Boris Herrmann (6 heures), tous les scénarios sont envisageables entre les cinq premiers du Vendée Globe, très proches les uns des autres. Le skipper de Maître CoQ, fidèle à son caractère offensif, dégaine le premier avant les Açores en faisant le choix d’une trajectoire au Nord pour aller se placer à l’avant d’une dépression hivernale synonyme de dernière ligne droite dans du vent fort. « Mes routages me font dire qu’on va tous arriver en même temps, donc autant tenter une option en allant Nord plutôt que de suivre le groupe », justifie-t-il. Dans la nuit du 25 au 26 janvier, le Rochelais effectue son ultime empannage de la course avant de lâcher les chevaux à environ 18 nœuds de moyenne pendant trois jours. Il coupe la ligne d’arrivée en troisième position le 28 janvier à 4h19’46, avec un temps final, une fois retirées ses 10 heures 15 minutes de compensation, de 80 jours 3 heures 44 minutes et 46 secondes, lui permettant ainsi de remporter au bout du suspense cette incroyable neuvième édition du Vendée Globe, avec respectivement 2h31 et 6h40 d’avance sur ses dauphins, Charlie Dalin et Louis Burton.

    Le classement et la cartographie